Itinéraire d'une enfant "trop sage"


Aussi loin que je m’en souvienne j’ai toujours eu des difficultés à croire à ce qui semblait motiver les autres. Je me disais que la vie ne pouvait pas être vécue pour des choses aussi futiles que la reconnaissance sociale ou l’argent, que cela n’avait aucun sens de se moquer de quelqu’un à cause de son physique ou de l’admirer pour les mêmes raisons. Je voyais et ressentais plus ce que les personnes souhaitaient cacher que leur masque de société. J’avais du mal à imaginer une vie juste tournée sur moi et mes plaisirs, j’avais besoin de contribuer. Seulement voilà j’avais l’impression d’être seule dans mon monde alors je me suis mise moi aussi à essayer de croire à tout ça. J’ai couru après la reconnaisse et après une vie qui ne me correspondait pas. J’ai été une manager reconnue puis j’ai rêvé d’être une chanteuse connue, sans avoir au fond de moi l’envie de vivre cette vie, tout un paradoxe ! Mais à l’intérieur de moi les questions continuaient créant chaque jour un décalage supplémentaire avec la vie. Il devait bien y avoir quelque chose qui fasse sens, la vie ne pouvait pas être si vide que ça ? Heureusement le souvenir de mon grand amour d’adolescence m’habitait et me redonnait espoir... Puis à 30 ans la vie a basculé grâce à la lecture d’un livre du Dalaï-lama et d’un voyage au Népal. Soudain les réponses venaient et je commençais à me réjouir de ne pas avoir lâché ! Depuis j’ai rencontré des compagnons et des compagnes de route qui comme moi avaient cherché dans leur coin et avec lesquels (lles) je partage régulièrement aujourd'hui. J’ai aussi retrouvé mon grand amour d’adolescence... Les questions que je me posais depuis toujours ont trouvé certaines réponses, pas toutes bien sûr mais ce chemin de vérité me comble chaque jour. Je ressens tout le sens de ce parcours dans mes accompagnements et mes transmissions qui me nourissent aussi profondément. Le monde semble se rapprocher aussi de mes questionnements existentiels, forcé par cette crise écologique... Et pourtant je continue à découvrir encore aujourd’hui certains de ces mécanismes de compensation que j’ai mis en place très tôt pour avoir l’air normale, des vestiges de ces rêves de compensation qui ne sont en fait pas de vrais rêves ! Une discussion avec une amie hier soir ayant un parcours similaire en certains points m’a donné envie d’écrire cet article. Ensemble nous avons pris conscience que certains de nos « rêves » avaient été basés sur cette compensation pour avoir l’air « normales », « fun » ou « légères ». Nous avons beaucoup lutté toutes les deux contre le rôle que la vie semblait nous donner, un rôle que pourtant nous aimons mais qui ne correspond pas à ce que nos mécanismes de compensation avaient imaginés, un rôle d’accompagnante qui s’est présenté à nous. Assumer cette sagesse, ce regard deuxième degré sur le monde n’aura pas été si facile pour nous mais l’accepter a libéré une nouvelle créativité. Si nous ne forçons pas les choses, la vie sait très bien nous amener vers le lieu unique et intime où notre couleur peut rayonner et nous apporter de la joie ainsi qu’aux autres autour. Alors si vous avez un rêve, pour déterminer s’il s’agit du moi ou du Soi, vérifiez ; si vous viviez cette vie rêvée au quotidien, seriez-vous épanoui (e)? En ce qui me concerne par exemple, j’ai besoin de beaucoup de temps pour ma vie intérieure, d’une atmosphère de paix autour de moi, de temps pour chérir mon corps et d’une activité qui m’amène à être en lien avec le Soi et à recevoir chaque jour ses enseignements tout en étant en lien avec les autres depuis une profondeur. Mon activité actuelle correspond pleinement à ça ce qui n’aurait pas été le cas si j’avais eu une vie de chanteuse en tournée internationale obligée de supporter les plateaux télés ! Alors faux ou vrai rêve ?


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