• Ariane Clément

Le danger de la fascination pour les archétypes


Très jeune, déjà, je me souviens m’être interrogée sur la raison pour laquelle les gens pouvaient être fascinés par telle ou telle personne.

J’étais moi-même en admiration devant des personnes qui semblaient ne pas se poser de questions et semblaient tracer leur route dans une direction bien déterminée tout en ayant conscience paradoxalement qu'il n'y avait rien de si admirable chez eux en tout cas pas ce qu'il montraient comme fausse assurance...

On disait d’eux qu’ils avaient du caractère.

Sans doute ai-je pu aussi de l’extérieur plus tard être vue comme une de ces personnes « business Woman » décidée et fonceuse, tentant vainement d’étouffer ses questionnements métaphysiques.


Dans ce monde qui valorisait l’inflation, et pour fuir la déflation de l’inconscient familial, je tentais moi aussi de me forcer à ressembler à cet archétype de la « Wonder Woman », personne ne m'ayant ouvert à la possibilité d'un autre modèle (j'entends par là un autre modèle qui soit vivable).


Plus tard, en tant que thérapeute, je me rendais compte que les personnes que j’accompagnais étaient souvent en admiration devant des femmes et hommes de leurs lignées qu’ils appelaient tour à tour des « femmes fortes « des « hommes séducteurs »…Comme si ces personnes avaient laissé un parfum de fascination dans la lignée…

La vision Jungienne autour des archétypes et du Soi


C’est alors que je découvris plus profondément la vision Jungienne tout d’abord à travers ma propre analyse de rêve puis à travers des formations.

Je découvris alors que le Soi était une fonction transcendante dans la psyché qui était là pour harmoniser les archétypes.

Je me rendis alors compte de la fascination que les archétypes pouvaient exercer sur nos psychés. Je pris conscience aussi de la grande confusion qu'il y avant entre les archétypes et le Soi, même dans les milieux de développement personnel et spirituels.

C’est comme si un archétype, de part le fait qu’il se sépare des autres semblait plus tranché, et répondait ainsi à une demande de recherche de puissance du moi.


Jung écrit dans « L’homme et ses symbôles » :

« Les archétypes sont donc doués d'une initiative propre et d'une énergie spécifique. Ils peuvent aussi, à la fois, fournir dans la forme symbolique qui leur est propre, une interprétation chargée de sens, et intervenir dans une situation donnée avec leurs propres impulsions et leurs propres pensées.


A cet égard, ils fonctionnent comme des complexes. Ils vont et viennent à leur guise, et souvent, ils s'opposent à nos intentions conscientes ou les modifient de la façon la plus embarrassante.


On peut percevoir l'énergie spécifique des archétypes lorsque l'on a l'occasion d'apprécier la fascination qu'ils exercent. Ils semblent jeter un sort. »


L'archétype peut contenir de la richesse, le problème advient lorsqu'il veut prendre la place centrale unique.

Nous pouvons facilement observer autour de nous et en nous différents types d’archétypes pouvant exercer une fascination comme l’archétype « du rebelle », de « la femme sauvage », du « Yogi détaché », de la « femme fatale », « du séducteur » …


Si les modes changent, il y a toujours beaucoup d’énergie dans ces archétypes car ils rassemblent des mémoires de l’inconscient collectif.

La confusion entre les archétypes et le Soi


Le problème est que nous avons tendance à les prendre pour le Soi !


Le Soi est une union harmonieuse de l’ensemble des archétypes qui tentent de nous aider à sortir de l’indifférenciation pour pouvoir naître à nous-mêmes…


Si nous laissons le Soi transformer nos psychés, nous allons devenir moins marqués par un ou deux archétypes ! Notre émanation sera différente, moins « fascinante », plus subtile.


Nous serons plus nous-mêmes car le problème est que le ou les archétypes qui prennent tout l’espace ne sont pas différenciés de l’inconscient collectif et laissent dans l’ombre les autres archétypes.

Imaginons par exemple que vous soyez aux prises avec l’archétype du « rebelle ».

Vous trouvez votre identité lorsque vous être en opposition et contre le modèle dominant.


Le soucis c’est que ce modèle dominant contre lequel vous luttez est un autre archétype de votre psyché refoulé dans l’ombre. Cet archétype pourrait être celui de "l’homme adapté".

Il se pourrait alors que vous ayez du mal à trouver une place dans la société et à pouvoir monter une structure qui vous permette d’apporter vos idées novatrices.

Imaginons à présent que vous soyez prise par l’archétype de « la femme indépendante », il est possible que vous rencontriez des hommes dépendants qui semblent « vous coller », hommes qui pourraient représenter un archétype refoulé dans l’ombre.


Un archétype en vous qui aimerait vivre l’amour…

Imaginons à présent que vous soyez identifiée à l’archétype de « la femme généreuse » et que les gens vous apprécient pour votre grande générosité.


Il y aura peut-être un archétype en colère qui poussera dans votre inconscient vous invitant à mettre plus de limites afin de pouvoir aussi vous centrer sur ce que vous avez à réaliser.

Quitter la fascination pour l’inflation (*)


Lorsque nous sommes en discussions dans une soirée, observez que les gens qui ont un point de vue tranché sur tout peuvent laisser silencieux les autres qui ne trouvent pas la place pour parler.


Dans ces autres personnes, certains vont être en admiration devant ces personnes qui ont tellement l’air « sûres d’elles », se plaçant par la même en « déflation » et d’autres observerons silencieusement sans pour autant de dévaloriser eux -mêmes et en ne voulant simplement pas rentrer dans une compétition basée sur l’inflation ou attendant le bon moment pour parler tranquillement et en prenant leur place autrement que dans un "combat des moi".

Dans le premier cas les personnes sont prises par une fascination de l’archétype de « homme intelligent » et dévalorisent en elles l’archétype de « la relation » qui font qu’elles n’osent pas couper la parole pour parler. Je parle de l'archétype de l'homme intelligent car il est très associé à l'inflation du masculin, cette inflation rodant aussi bien dans la psyché des hommes que des femmes.

J’ai remarqué dans les analyses de rêve que les représentants du Soi, archétype transcendant de la psyché étaient parfois vus par le moi au départ comme « un chef de la mafia », « un flic un peu trop questionnant », « un homme ou une femme sans caractère », « un homme dangereux »…

Le Moi se méfie du Soi qui pourrait remettre en cause son point de vue unilatéral !


Parfois ces représentants disent quelque chose qui met le moi en colère…

C’est grâce au matériel objectif du rêve que nous pouvons arriver à comprendre qui est la figure représentante du Soi et qui est la figure « de fascination », car justement le problème des archétypes c’est que certains fascinent et que nous les confondons avec le Soi…


Le problème de cette fascination c’est que le moi répète toujours son inconscient familial et donc collectif et que cela empêche l’humanité de s’ouvrir véritablement à la féminité dans le sens de l’ouverture à ce que nous ne connaissons pas de nous, l’ouverture à plus de solidarité, de partage et de joie.


Cette fascination peut nous empêcher de sortir du tragique, à l’image d’une femme ou d’un homme qui tomberait sans cesse en admiration dans ses relations amoureuses et attirant sans cesse des profils narcissiques, coupés de la relation, finissant indéfiniment par la ou le rendre triste.


Ces figures archétypales sont sans cesse relayées par les médias dont les représentants sont souvent eux aussi pris par cette inflation des archétypes.


Alors avant de nous lancer tête baisser dans la fascination pour telle ou telle personnes, telle ou telle idée, tel ou tel projet…laissons passer quelques nuits et quelques rêves :-)


Lorsque nous agissons ainsi, mus par une sorte d'excitation émanant des archétypes, nous faisons obstruction au chemin lumineux que cherche à nous présenter sans cesse le Soi, cette union du féminin et du masculin en nous...

(*) L’archétype du masculin en inflation est un archétype qui nous pousse à rechercher la reconnaissance, ou tout autre attribut extérieur de valorisation au détriment de la féminité (dans le sens de l’ouverture à l’autre). Que nous soyons un homme ou une femme un masculin intérieur qui va bien au contraire honore la féminité