Les cuirasses : Vision de Marie Lise Labonté et de Wilhelm Reich

Les correspondances entre zones corporelles, cuirasses et symptômes présentées dans ce texte appartiennent aux modèles de Wilhelm Reich et de Marie-Lise Labonté. Elles ne permettent pas d’établir un diagnostic médical ni un lien de causalité avec une maladie. Tout symptôme persistant nécessite l’avis d’un professionnel de santé.
Comment se forme les cuirasses ?
Dans cette approche, une cuirasse est une construction inconsciente issue de mécanismes très profonds. Elle mobilise des réactions instinctives, émotionnelles et cognitives qui visent d’abord à préserver la vie.
Face à un danger, nous cherchons instinctivement à nous protéger. Ce n’est pas la personnalité consciente qui décide seule : le corps s’organise et peut fermer certaines zones charnières, notamment les épaules et les hanches, afin de protéger le cœur et les organes vitaux. Il libère aussi de l’adrénaline pour permettre une réaction rapide.
On parle notamment de réactions de fuite, de combat, de soumission ou de figement — cette dernière pouvant donner l’impression de « faire le mort ».
À ce stade, nous ne nous demandons pas consciemment : « Est-ce que je fuis ou est-ce que j’attaque ? » La cuirasse commence donc comme une réponse instinctive. Avec le temps, elle peut devenir plus élaborée et s’accompagner de croyances telles que : « Je ne suis pas aimable » ou « Je suis incapable ».
Une cuirasse n’est pas destinée à durer. Lorsque le danger disparaît, le système de protection devrait pouvoir se relâcher.
Cependant, nous pouvons la maintenir en place et la rendre durable. Dans un foyer où existe de la maltraitance, par exemple, le corps perçoit le danger et installe une protection. À partir de nos blessures fondamentales, nous maintenons ainsi certaines cuirasses plus ou moins longtemps.
7 cuirasses pour Wilhelm Reich
Wilhelm Reich a défini 7 cuirasses, les plus anciennes sont en haut du corps, les
plus récentes en bas :
• L’anneau oculaire qui comprend le front, les yeux, les glandes lacrymales et
la région des os malaires et la glande pinéale.
• L’anneau oral qui comprend la musculature du menton, des lèvres, la gorge
et l’occiput (os situé à la base du crâne) et l’hypothalamus.
• L’anneau du cou qui comprend les muscles profonds du cou, de la langue et
les glandes thyroïdes.
• L’anneau thoracique qui comprend le thorax et ses muscles, les organes du
thorax et les muscles des bras, le thymus.
• L’anneau diaphragmatique qui comprend le diaphragme et ses organes
(foie, rate, estomac, vésicule et le pancréas), la partie inférieure du sternum
• L’anneau de l’abdomen qui comprend les muscles abdominaux, les muscles
transverses et profonds du bassin, les organes internes et les viscères et les
glandes surrénales.
• L’anneau pelvien qui comprend les muscles du petit bassin, les organes
génitaux, le périnée (muscle qui ferme le corps), les hanches, les jambes et
les gonades.
Marie Lise Labonté a identifié: 4 cuirasses de base et 4 cuirasses d’identification qui
se superposent sur les cuirasses de Wilhelm Reich. Son observation et sa lecture du
corps tout au long de sa pratique lui ont montré qu’il existe aussi des cuirasses qui se
forment verticalement en partant de la colonne vertébrale qu’elle nomme le « cœur du
corps » : siège de ce qui est le plus profond de notre être jusqu’à la périphérie.
Les cuirasses d’identité (autour du corps en en bas) sont la cuirasse
parentale, la cuirasse sociale, d’appartenance et narcissique. Elles se trouvent à la
périphérie du corps.
La cuirasse parentale
Elle se bâtit dans la petite enfance sur le besoin qu’a l’enfant de s’identifier à ses
parents. L’identification fait partie de la construction naturelle de la psyché de l’enfant
mais devient enfermante quand elle se maintient à l’âge adulte, que ce soit sous la
forme symbiotique ou de rejet.
Elle est localisée dans le ventre (en superficie) et dans la partie superficielle du
corps.
Le danger de cette cuirasse est de maintenir la relation symbiotique avec ses parents
et ne pas arriver à couper le cordon ombilical avec eux.
Les personnes qui sont très influencées par cette cuirasse sont très exigeantes
envers elles-mêmes et sont constamment dans la sur adaptation pour performer.
La cuirasse d’appartenance
Elle est celle du besoin des adolescents de se distancer de l’image reçue de leurs
parents en s’identifiant à un autre « groupe » ou « clan » pour en adopter les valeurs.
Elle est localisée dans le ventre (en superficie) et dans la partie superficielle du
corps.
Le danger de cette cuirasse est de se conformer aux valeurs du groupe et de
perdre son propre jugement, de vouloir rejeter sa famille et ses parents et
d’abandonner l’expression de sa nature profonde pour se conformer au groupe
d’appartenance, à la nouvelle famille.
La cuirasse narcissique
Elle se développe aux mêmes âges que la précédente, elle vient d’une perte
d’identité. La personne recherche perpétuellement son image dans l’autre ou dans le
miroir. Elle nourrit un processus d’autodestruction alimenté par cette séparation
d’avec soi-même.
Le danger de cette cuirasse est qu’elle finisse par entraîner la séparation profonde
d’avec soi et les autres.
Manifestations et somatisations associées selon cette approche : Cette cuirasse est située dans les couches superficielles du bassin, des jambes et de l’ensemble de la superficie du corps.
La cuirasse sociale
L’individu qui porte la cuirasse sociale s’identifie totalement à son statut ou rôle
social, à sa profession en étant coupé de ses besoins.
Elle est reliée à la zone pelvienne du bassin et des jambes (partie superficielle) et à
la superficie du corps.
Le danger de cette cuirasse et de se conformer à ce que la société attend de nous et
de perdre sa légèreté d’être.
Les cuirasses de base (couches moyennes et profondes et en haut)
sont :
La cuirasse de protection
Qui est reliée dans la vision de Reich à la cuirasse diaphragmatique.
Elle se bâtit de 5 ans à l’adolescence. Elle vient se placer pour protéger l’enfant face
à ce mal d’amour qui lui est intolérable. L’enfant se rigidifie tant au niveau physique,
émotionnel que mental. C’est la cuirasse du persécuteur.
Elle se loge aussi dans tous les autres diaphragmes du corps.
Elle se crée pour nous protéger de la tristesse de la cuirasse du ou de la mal aimé.e
mais le problème c’est qu’elle finit par nous protéger de la vie elle-même et des
autres. On peut la retrouver chez certain.es grands sportifs et sportives notamment
(c’est le corps bâti).
Manifestations et somatisations associées selon cette approche : blocages en inspire, stress, hypertonie. Peut être en lien avec l'hyperthyroïdie, l'hypertension et les réactions de la peau.
La cuirasse du (ou de la) mal aimé.e est reliée à la cuirasse thoracique.
L’enfant cherche quoi faire pour être aimé. « Pour être aimé, je dois être ainsi, pour
être aimé je dois accepter ceci, pour être entendu, je dois pleurer, je dois crier, pour
être aimé je dois me taire. ».
Elle se bâtit de 3 à 7 ans. Elle vient se fixer sur les 2 premières et fait que l’enfant va
s’adapter pour être-aimé à tout prix quitte à se compromettre et à limiter sa
spontanéité naturelle. C’est la cuirasse de la victime.
Le danger de cette cuirasse est que l’individu recherche l’amour à l’extérieur de lui-
même et qu’il développe la dépendance affective et est prêt à tout pour être aimé
mettant sa propre vie en danger. Il ou elle devient celui ou celle qui aime trop, qui
aime mal.
Manifestations et somatisations associées selon cette approche : asthme et blocages respiratoires, impuissance, tensions ou douleurs aux épaules et aux articulations, problèmes cardiaques, diabète, compulsions alimentaires et tabagisme.
La cuirasse de l’impuissance
Cette cuirasse fait son apparition vers l’âge d’un an ou 2 ans, âge où l’enfant
commence le processus de différenciation à prendre conscience qu’il existe. Il était en
association et en symbiose avec son environnement comme une éponge, et il
découvre qu’il est différent des autres.
C’est la cuirasse du corps malade, qui est collée à la cuirasse fondamentale de la
pulsion de mort. L’enfant ne peut dire non, ne peut se sauver et choisit de se protéger
avec cette cuirasse. Le désespoir est une réaction à la pulsion de mort.
L’impuissance correspond à une inhibition de l’action, à une forme de démission face
à la vie, de résignation, de doute profond, de tristesse ou d’ennui. L’enfant perd sa
spontanéité et son goût de jouer.
Dans ce modèle, cette cuirasse peut retentir sur les équilibres nerveux et immunitaires et s’accompagner de différentes manifestations psychosomatiques.
La cuirasse peut rester silencieuse jusqu’à l’âge
adulte, jusqu’à ce que des symptômes apparaissent aux passages de crises dans sa
vie d’adolescent ou d’adulte, qu’elle soit réveillée par des événements qui viendront
stimuler l’impuissance et désespoir, lui faire perdre son gout de vivre.
Le danger de cette cuirasse est de rester dans la position de victime, de refouler sa
colère et de n’arriver à ne rien faire, à démissionner de la vie.
Elle est reliée aux cuirasses orales et du cou chez W Reich et se trouve aussi partout
au cœur du corps.
Manifestations et somatisations associées selon cette approche: hypo-thyroïdie, dépression, inhibition de l’action, fatigue chronique,
maladies auto-immunes.
La cuirasse fondamentale
C’est notre relation avec la vie et la mort « j’ai peur de vivre, j’ai peur de mourir » toujours en lien avec une blessure fondamentale.
Selon Marie-Lise Labonté, cette cuirasse commencerait à se construire pendant la vie intra-utérine et dans les premiers instants de la vie
extra-utérine. Elle porte notre pulsion de vie et notre pulsion de mort.
Elle est reliée à la cuirasse oculaire chez Reich.
Elle est la cuirasse du déclic qui permet de passer de l’autodestruction à
l’autoguérison, du suicide au choix de vivre.
Le danger de cette cuirasse est de rester dans la survie, dans le non-désir de vivre,
d’avoir le goût de mourir, de perdre sa vitalité et sa créativité.
Manifestations et somatisations associées selon cette approche: perte du désir de vivre, conduites suicidaires, troubles psychiques, troubles de l’alimentation ou du sommeil, perte de tonus, ainsi que diverses manifestations touchant les yeux, les oreilles et les os.
En cas de détresse intense ou pensées suicidaires, ou de maladie grave, il est bien évidemment essentiel de consulter rapidement un professionnel de santé ou de contacter les services d’urgence.




